concours de nouvelles « Etonnants voyageurs »

« Solitude étrange »  d’Anna de Barros, la meilleure suite de nouvelles, ex aequo avec Thomas José (202)

Il fallait écrire la suite de ce début de nouvelles:

« SUJET 1 : Alicia
Avec leurs combinaisons de latex mouchetées de capteurs, les six finalistes du casting de
Planète Piégée ressemblaient moins à des comédiennes qu’à des plongeurs en apnée. Parmi elles, Alicia était la moins à l’aise. Elle avait récemment interprété Ophélie dans un film d’art et d’essai ; et même si elle devait décrocher un rôle à tout prix, elle se voyait mal dans la peau d’une Lara Croft. Pourtant, Lucas Meron l’avait pressentie pour un bout d’essai avant le tournage de son prochain blockbuster.
C’était inattendu. Et inespéré.
Elle explora du regard le hangar vide au fond duquel un écran géant était suspendu. Où était le fameux décor de ce monde sauvage de l’ère tertiaire ?
– Mesdemoiselles ? cria le régisseur de plateau. Je vous rappelle votre rôle : enquêtrice
galactique, vous devez retrouver l’équipage du vaisseau qui a atterri sur Edena 2, cette
planète que les hommes doivent coloniser. Un équipage muet depuis son atterrissage et dont l’un des membres est… comment dire ? Suspect !
Cette séquence se situe au milieu du film. Nous aimerions la conserver.
– Doucement ! protesta l’une des actrices. Il nous faut des précisions pour…
– Impossible, coupa de loin Lucas Meron sans bouger de son siège.
Le producteur jeta aux candidates un sourire de défi, caressa son crâne chauve et précisa : – Le scénario est top secret. Vous devrez improviser. Et livrer le meilleur de vous-même. Alicia ? C’est à vous !
Le régisseur lui ajusta aussitôt un casque sur la tête. Elle frémit.
To be or not to be ?
Cette fois, la bonne formule serait plutôt : Sois une autre. Et fais face.
Une seconde plus tard, une vive lumière l’éblouit.

(La suite est écrite par Anna de Barros de 202 et intitulée « solitudes étranges »)

Elle mit quelques secondes à s’adapter à cette forte luminosité. Quand elle put enfin ouvrir les yeux, un paysage désastreux s’ouvrit à elle. Elle était bien loin du décor sauvage et futuriste qu’on lui avait promis… Une étendue de rocs, de collines meurtries sous un ciel noir de poussière venait de remplacer le vieil hangar vide du tournage. Une telle vue la déstabilisa quelques instants, elle faillit perdre l’équilibre et chuter.

A ses pieds se trouvaient des branches sèches et pourries par le temps, alors qu’aucun arbre n’apparaîssait au loin. C’est alors qu’elle remarqua sa solitude, après avoir tourné la tête de tous les côtés sans voir aucune des candidates.

« Il y a quelqu’un ? » osa-t-elle.

Le vent lui répondit, accompagné de ses échos quand celui-ci s’abattait sur les collines. Ou sur les montagnes dévastées, Alicia n’aurait su dire.

« Evidemment qu’il n’y a personne, songea-t-elle. C’est encore un plan foireux du producteur…. »

Elle se risqua alors à avancer, avant d’arriver devant une sorte de ravin peu profond, une pente peu abrupte au bout de laquelle elle distingua une forme sombre, massive. Elle déglutit, redoutant avoir trouvé le vaisseau de l’équipage disparu. Toujours aucun bruit ne venait la déranger pas même un signe de vie, aux abords de cette construction impréssionante, abandonnée. Alicia hésita avant de se lancer dans cette descente, se demandant si la découverte du vaisseau n’arrivait pas trop tôt, s’il ne fallait pas laisser quelques minutes de suspense s’écouler, avant d’avancer. Après tout, elle tournait un film, il ne fallait pas qu’elle l’oublie. Mais son malaise dans cette tenue ridicule au milieu d’un décor aussi sombre la paralysait et l’empêchait d’avoir un attitude naturelle.

Elle décida alors de briser son immobilité en s’approchant du vaisseau. Plus elle avancait, plus la taille de ce dernier l’impressionnait … Tout lui semblait normal, ce qui ne faisait qu’accroître sa peur. Elle eut l’impression qu’il avait attéri de manière tout à fait normale, sans incident. Pourquoi l’équipage aurait alors été muet ? Cela signifiait qu’il y avait forcément un membre traître dans cet équipage.

« Ou peut-être tous, se dit-elle »

Qu’était-elle sensée leur dire ? Et si elle se retrouvait face à un tueur, ou plusieurs ? Balayant ses interrogations, Alicia s’approcha de l’engin à quelques mètres. Elle ouvrit machinalement la lourde porte armée. Elle pénétra dans un large espace, sombre, où ses pas résonnaient. Elle aurait cru être dans un immeuble désafecté, vidé depuis des décennies de ses occupants. Où était cet équipage disparu d’un seul coup ?

Elle s’engouffra de plus belle, avant de tomber sur une seconde porte blindée. Celle-ci était entrouverte, comme laissée par mégarde. Alicia se faufila à l’intérieur, sentant son coeur se serrer et son poul accélerer à l’idée de découvrir ce qui se trouvait de l’autre côté. Elle déboucha dans une salle spacieuse où se trouvaient d’innombrables morceaux de verre au sol et de vaiselle. Cet endroit apparaîssait comme la pièce à vivre du vaisseau, un écran géant était plaqué au mur, non loin duquel on trouvait un bar. Tout semblait muet, poussièreux, désuet et inhabité. Elle s’approcha de l’écran géant, écrasant au passage les débris craquant sous son poids. Soudain son coeur fit un bond : elle crut apercevoir une main dépasser d’un canapé entreposé là. Tétanisée, elle s’en approcha pas à pas. La main semblait immobile, pâle. Tout cela allait bien trop loin, si des morts devaient être simulées pour le film, on aurait du l’avertir ! Elle était remontée contre le producteur mais tremblait tout de même de peur, sans qu’elle ne puisse s’en emêcher. Elle prit son courage à deux mains et longea le corps auquel se rattachait la main inanimée. L’idée de tater le poul de la jeune femme étendue, en combinaison noire, lui vint. Cette actrice jouant la morte était selon Alicia, un  peu trop convaincante. Son rôle lui plaisait de moins en moins, elle regrettait d’avoir accepeter cette audition et pensa même à tout arrêter immédiatement.

 

Posant deux doigts sur le poignet de la femme, celle-ci trésailla légèrement des paupières, presque imperceptiblement. Soudain énervée, Alicia ôta son casque et le jeta à terre. Elle était de retour dans le hangar de tournage, face aux autres concurantes qui la dévisageaient, ne comprenant pas pourquoi elle était de retour si tôt.

« J’abandonne. Votre scénario est ridicule, les films catastrophes comme celui-ci sont toujours les mêmes. Honnêtement, qui ira le voir ? éclata Alicia.

-Un problème Mademoiselle ? s’égosilla le producteur, au loin. »

Alicia ne prit pas la peine de répondre et sortait déjà du lieu de tournarge. Elle laissa bouché bée derrière elle les candidates et les techniciens ricanant. Elle fila retirer cette combinaison ridicule et quitta définitivement les studios sans un mot. Les producteurs ne comprendraient surêment pas les raisons de son départ soudain mais elle n’en avait que faire. Ses petits rôles de films d’auteur ou de pièces de théâtre lui manquaient. En sortant à l’air libre, une sensation de bonheur l’envahit. Le soleil tapait déjà fort sur la Californie, l’air restait frais et les terrasses étaient bondées. Elle mit ses lunettes de soleil sur son nez et partit à la recherche d’une place dans un café. Elle entra chez « Buffy’s » et commanda un cappuccino. S’asseyant à l’intérieur, en face de la baie vitrée, elle songea à ce qu’elle venait de faire. Cette situation l’embarassait quelque peu, comme si elle avait une dette envers Monsieur Meron … On lui apporta son café, elle paya et profita de ces quelques instants. Elle ferma les yeux, le temps d’une seconde.

« Alicia ? » l’appela une voix.

Elle rouvrit immédiatement les yeux, et faillit s’étrangler. Elle renversa son café sur son pantalon et demeurait figée. Le décor du café avait totalement changé ; les murs lumineux ornés de posters vintage s’étaient transformés en fond sombre, sans lumière. Plus aucune table ne se trouvait devant elle, même plus la sienne. Elle se crut seule, totalement déboussolée, avant de se rendre compte qu’un dizaine de personnes était assise autour d’elle, formant un cercle. Toutes portaient des tenues étranges, et Alicia se rendit compte qu’elle était à l’intérieur d’une sorte de vaisseau ou d’avion.

« Alicia, tu dors ?

-Hein ?

-Je stresse .. T’as pas cette sensation dans la poitrine quand ton coeur se serre ?

Une femme à côté d’elle venait de lui adresser la parole, derrière un masque respiratoire.

-Euh .. si, oui… balbutia Alicia, munie elle aussi de ce masque l’empêchant de bien parler.

-Imagine … J’attends ce moment depuis des années et maintenant je stresse, c’est incroyable quand même !

-Ah oui … Mais, euh .. Pourquoi tu stresses ? risqua Alicia, totalement perdue.

Son interlocutrice la regarda avec des yeux étonnés.

-Et bien parce qu’on ne sait pas ce qu’on va trouver… Attends, le chef va parler, écoute !

Un homme habillé en tenue étrange et indescriptible prit la parole, debout au centre de l’appareil.

-Bon, j’espère que les consignes ont été bien comprises, le premier qui déconne, je le renvoie ici. Pigé ? Vous n’êtes pas en entraînement ou sur un terrain de jeu, vous n’aurez pas plusieurs chances. Vous devez être constamment sur vos gardes, on ignore ce qu’on trouvera. Quoi que ce soit, détruisez-le. On n’est pas ici en mission humanitaire ! Compris ?

-Oui chef ! hurlèrent en coeur tous les inconnus autour d’Alicia. »

 

C’était à n’y rien comprendre, Alicia avait l’impression de se reveiller d’un long cauchemar, elle avait les jambes en coton et sa tête tournait. L’appareil dans lequel elle se trouvait subit un énorme choc, Alicia supposa qu’il attérissait, en reconnaissant le contact violent avec le sol. Tout le monde se détacha rapidement, et l’homme hurlait encore des consignes lorsque la voisine d’Alicia lui murmura :

« Courage Numéro Six, j’espère te revoir.

-Attends, attends ! l’arrêta Alicia en retenant son bras.

La femme l’interrogea du regard pendant que tous les autres se ruaient vers la grande porte à l’arrière de l’appareil qui s’ouvrait lentement.

-Je ne comprends rien … Qu’est ce qui se passe ? Où sommes-nous ?

-Arrête ton cinéma, ricana la fille enfilant un casque.

-Je ne rigole pas…je… j’ai du tomber sur la tête ou quelque chose comme ça … Je suis perdue, paniquait Alicia.

L’autre ne put répondre, la porte était maintenant entièrement ouverte et tout le monde courrait hors de l’appareil, où une lumière horriblement vive éblouissait tous les passagers. L’homme commanda un dernier ordre en aboyant :

-Avancez, courez et tuez ! Faites la fierté de la Terre sur Edena 2, bande d’incapables ! »

 

 

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